Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /Mars /2010 14:50

L'adoption est une chaîne. À un bout, des enfants, à l'autre, leurs parents. Entre les deux, un nombre incalculable de maillons : personnels des crèches, personnels médico-sociaux, avocats, fonctionnaires, juges, ministres, ambassadeurs, médecins, psychologues... Aux deux extrémités, parents et enfants sont bien impuissants sur le sort qui leur est réservé. Et quiconque connaît un peu la réalité du monde, en particulier le tiers-monde, sait à quel point cette chaîne peut être fragile, se distendre ou rompre, au gré des catastrophes naturelles, des faiblesses humaines.

2 mois après le séisme, 640 enfants haïtiens, en cours d'adoption par des foyers français, sont toujours en Haïti alors que des organisations humanitaires craignent que le « pire soit devant nous »

Évidemment, ces enfants ne sont qu'une toute petite partie de l'immense défi que ce pays doit relever. Mais là comme ailleurs, la chaîne des hommes et femmes de bonne volonté doit se resserrer et franchir les océans. Ces adoptions sont aussi le signe d'une humanité qui peut trouver le chemin de l'espérance, encore et encore, malgré les cataclysmes.


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Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /Mars /2010 17:58

chap Question : Quelle est l'évolution entre ?

cette conférence de presse du 25 février 2010
et cette conférence de presse du 4 mars 2010

Réponse : 522 enfants apparentés ont disparu ! (dont 60 avec jugement)

Question : Que s'est-il passé dans l'intervalle ?

Réponse : Une mission de psychologues a travaillé.

Je ne mets pas en cause la qualité de leur travail et leur sincérité. Mais côté instrumentalisation... 


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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /Mars /2010 15:09

La communication ministérielle

"nous ne devons pas nous laisser submerger par l’urgence qui disparaît"

 

La réalité haïtienne

"Les risques sont énormes et il est difficile de prévoir quelles seront les conséquences."

"D'autant plus que le pire est devant nous avec l'arrivée de la saison des pluies dans six semaines, marquée par des pluies torrentielles, des inondations et des glissements de terrain"

"Avec la pluie, qui favorise la propagation des maladies, ça va devenir de plus en plus compliqué", avertit Richard Kowalske, médecin.

"La probabilité qu'un ou plusieurs ouragans majeurs frappent les Caraïbes est plus élevée cette année que d'ordinaire"

"Dans six semaines, la saison des pluies apportera son lot de précipitations torrentielles, d'inondations et de glissements de terrain."

"L'ensemble des activités du pays avaient été immédiatement paralysées."

“On a vraiment peur que la pluie commence à tomber, affirme un volontaire

"Une autre catastrophe naturelle menace les Haïtiens [...] la saison des pluies, qui a déjà tué plusieurs personnes et entraîné des évacuations."

"La plupart de ces campements, dont 21 sont surpeuplés, sont en zone inondable."

"Tous les cadavres coincés dans les ruines, qu'est-ce qu'ils vont en faire? Toutes les odeurs, les maladies. L'eau dans laquelle ils baignent, celle que vous buvez, c'est la même eau"

"La situation sur le terrain reste terrible et tout le monde devrait être bien conscient que la crise n'est pas finie", a déclaré le président américain


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Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /Mars /2010 18:57

"Le désarroi des parents", "l'impatience des familles", sont des termes récurrents dans le traitement médiatique ou les communiqués du Ministère des affaires étrangères. Me concernant, ces expressions me choquent, et je considère qu'il est normal, tant que l'enjeu est de réconforter des familles désespérées, que les évacuations n'avancent pas. Que les papiers officiels se dressent comme des obstacles entre nous et nos enfants.

En quoi ces expressions, pour vraies qu'elles puissent être (et encore...) peuvent elles nous desservir, et surtout desservir nos enfants, qu'ils soient adoptés ou non, adoptés avant le séisme ou en cours d'adoption ?

Quand le MAE utilise ces termes, ou quand les médias les utilisent, qu'est-ce qui est sous-tendu par ces expressions ? Et quand le public, nos amis, nos familles les reçoivent ou les entendent, à quoi cela peut-il faire référence ?

Le désarroi, terme utilisé au tout début de notre combat, ("nous comprenons le désarroi des familles") est en réalité un terme négatif, voire insultant, ou que nous pourrions prendre comme tel. En effet, selon le dictionnaire Robert des noms communs, le premier sens en est "désorganisation complète, confusion, désordre". Le second sens n'est pas à notre honneur puisqu'il parle de "trouble moral, désordre". Les mots contraires sont fermeté et assurance. Face à des personnes qui sont désorganisées, troublées, qui vivent dans le désordre et la confusion, le gouvernement réagit comme l'on peut s'y attendre par la fermeté. Il est dans son rôle d'ailleurs. Des personnes confuses et désorganisées sont-elles en état d'accueillir et d'élever des enfants adoptés, dont on pense souvent qu'ils sont plus "difficiles que d'autres, "faits maison" ? Il est donc normal d'attendre que les familles recouvrent leurs esprits avant de leur confier une telle responsabilité que celle de la vie d'un enfant.

Quant à d'autres termes, comme l'impatience (impatient : "qui manque de patience, qui est incapable de se contenir"), les parents désespérés ("qui en sont réduits au désespoir, nont aucune espérance, sont désolés, fâchés") ou encore désemparés (sens premier : terme de navigation, au sujet d'un "navire qui a subit des avaries", par extension "qui ne sait plus où il en est, ne sait plus que dire, que faire, décontenancé, déconcerté, désarmé), ils ne sont pas plus positifs à notre égard.

Ces mots restent dans un lexique très négatif et renvoient tous à un eincapacité, voire une incompétence. Et que peut faire un gouvernement face à des incapables (vous vous souvenez de la phrase de De Gaulle, "les Français sont des veaux") ? Il ne peut que réagir comme il le doit, en se substituant à eux pour prendre des décisions qui lui sont dictées par ceux qui sont compétents, qui se situent dans la raison et non dans l'irrationnel. Ceux qui disent "il ne faut pas se précipiter" et qui n'ont aucune expertise de l'adoption en général ni de l'adoption en Haïti en particulier et qui se réfèrent à des expériences négatives largement médiatisées comme l'Arche de Zoé. Pourtant, on ne médiatise pas les millions de trains qui arrivent à l'heure, ni les millions d'enfants qui ont trouvé une vraie famille, légitime, qui s'y sentent chez eux, où ils peuvent, en toute liberté crier leur révolte parfois. Le feraient-ils s'ils étaient "déracinés" ? S'ils doutaient de leur légitimité ? Révolte non pas contre l'adoption, mais contre ce que la vie leur a infligé.

Mais tout cela reste dans un milieu donné, celui de nos dirigeants. C'est grave, certes, car ce sont eux qui ont le pouvoir de sauver la vie de ces enfants. Or, les dirigeants, pour décider, tâtent généralement l'opinion publique. Ils l'influencent mais sont aussi influencés par le pouvoir qui émane des électeurs, qui ont le pouvoir de reconduire ou non les politiques. Or, quelle est la perception du public de tout cela ?

J'écarte délibérément ici les dégâts causés par les amalgames divers, dont les effets sont très clairs et les ficelles grosses comme des troncs d'arbre. Plus insidieux sont les termes employés dans leur influence sur l'opinion publique. Pour le commun des mortels, ces mots renvoient à des sentiments, des émotions. Sentiments d'une mère pour ses enfants (pourtant, le père a lui aussi des sentiments forts pour ses enfants), pulsions irrationnelles des deux parents quand il s'agit de protéger leurs enfants. Pour les médias, c'est cela qui fait le lectorat, l'auditoire. Les émotions vécues au quotidien par les gens "dans la vraie vie", la "télé-réalité" (télé signifiant lointain). Il est vrai que cette réalité, d'aucuns la préfèrent lointaine. Bref, c'est le règne de l'émotionnel et de l'irrationnel. Et que peut faire le gouvernement face à des émotions ? Quand quelqu'un, dans son entourage, est désolé, désemparé, désespéré, on le réconforte. On l'assure de son soutien, de sa sympathie. A sentiments négatifs, on répond par autant de bons sentiments. Quel est le rôle des autorités là-dedans ? Par chance pour elles, elles ne sont pas responsables ! Et il est vrai que mes émotions, mes troubles divers, mes sentiments, ne concernent que moi, à la rigueur mon conjoint et mes proches, notamment par ricochet. Je revendique la responsabilité de mes sentiments, et surtout la responsabilité de ce que j'en fais. Pour autant, je n'accepte pas que cela serve à dédouaner le gouvernement de ses responsabilités, qui se situent ailleurs.

Ce que perçoit le public, aussi, c'est que le gouvernement comprend les familles, leur désarroi. A sentiments négatifs, il renvoie de bons sentiments. C'est bien. On se souvient du "vive le Québec libre", toujours de De Gaulle, ou encore en 2001 "nous sommes tous américains" (Chirac).Des mots vides de sens, ou plutôt vides de réalité concrète, mais qui touchent la "corde sensible" du public.

Le public perçoit encore que le gouvernement "comprend parfaitement l'impatience des familles" (communiqué du 1er mars), qu'il oeuvre pour "l'intérêt supérieur des enfants et des familles". Alors quoi, cela signifierait-il que les familles bénéficient d'avantages, voire de privilèges ? A force d'attendre, on est sorti de la phase d'urgence (pourtant, l'état d'urgence n'a pas encore été levé, et Jean-François Mattéi affirme que le pire est à venir). Donc en travaillant à une issue rapide, le gouvernement ferait une fleur à ces familles. Leur accorde un intérêt dont elles n'auraient jamais bénéficié sans le séisme. De là à dire que les familles profitent du séisme et de la misère d'Haïti, il n'y a qu'un pas, vite franchi.

L'emploi des mots a un sens, et le sens des mots utilisés actuellement ne convient pas. Nous ne sommes pas dans le désarroi, dans la confusion. Nous ne sommes pas impatients, nous ne sommes pas désespérés. Bien au contraire, nous nous sommes organisés pour oeuvrer ensemble à la résolution d'un problème grave. Nous travaillons à y apporter une réponse fermement légale, fermement en accord avec l'Etat haïtien, dans le respect de l'intérêt supérieur de nos enfants, et non du nôtre. Je me sens révoltée contre l'attentisme criminel mais convenu du gouvernement (révolté : qui a une attitude de refus, d'opposition, se dresse contre l'ordre établi). Je refuse de me soumettre à la fatalité. Je suis indignée par les amalgames qui sont faits délibérément et justifient cet attentisme (indigné : "qui exprime, marque de l'indignation". Indignation : "sentiment de colère que soulève une action qui heurte la conscience morale, le sentiment de la justice"). En effet, je suis indignée par l'injustice que subissent nos enfants, eux qui ont faim, sont mal soigné, qui ont peur, qui restent soumis à des dangers (intempéries, glissements de terrains) contre lesquels je me dois de les protéger, et contre lesquels le gouvernement, en tant que pouvoir, doit agir, enfin efficacement. Mais pour l'heure, nous sommes face à "un gouvernement désemparé, qui ne sait répondre aux questions qu'en levant les bras au ciel" (Jules Romains).


Marguerite Villedey

(les références littéraires et sens des mots sont tirés du Nouveau petit Robert , sous la direction de Josette Rey-Debove et Alain Rey, édition de juin 1996)


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Samedi 27 février 2010 6 27 /02 /Fév /2010 11:48

Bonjour à tous,

J'avais envie depuis quelques jours de prendre le temps de faire un point écrit sur ce que je ressens personnellement de la situation, après 6 semaines où le temps s'est arrêté pour nous.

Nous avons indéniablement vécu un traumatisme important en tant que "parents en devenir". La peur de perdre un enfant tant désiré et si longtemps attendu. La difficile gestion mentale du sentiment d'impuissance. Je me sens un peu honteux de parler de mon propre traumatisme alors que celui subit par les haïtiens en général et les enfants en particulier est autrement plus tangible. Je pense néanmoins qu'il est de notre responsabilité de ne pas refouler, mais au contraire d'exprimer notre traumatisme pour pouvoir accueillir nos enfants dans les meilleures conditions de disponibilité mentale.

Cela me fait du bien de me dire et de me rendre compte chaque jour que d'autres comprennent ce que je vis, au premier chef, tous ceux qui sont dans le même cas que moi. Cette solidarité entre nous, je l'ai sentie très réconfortante par exemple le 13 février à Paris. Sous la neige (nous ne nous connaissions pour beaucoup que par échange de posts sur les forums) nous nous sommes retrouvés et compris immédiatement. Nous nous serrons les coudes dans l'adversité. C'est important de se connaître pas seulement virtuellement quand on veut agir collectivement.

Qu'on le veuille ou non, le 12 janvier 2010 sera une date "bascule" dans chacune de nos vies et celles de nos enfants. Et nous l'aurons en commun. J'ose espérer que ce "commun" pourra être un des nombreux points d'appui dont nous aurons tous besoin pour faire sens vers l'avant, par la résilience, dans les années qui viennent. L'ennemi n°1 pour toute famille, c'est l'isolement. C'est pourquoi nous devons prendre soin d'expliquer ce que nous vivons à nos familles élargies. N'étant pas dans l'oeil du cyclone comme nous, elles entendent tout et n'importe quoi dans les médias et le doute peut s'insinuer chez elles. Il faut combattre cela car nous avons besoin de leur solidité (de leur adhésion, de leur compréhension) pour la construction à long terme de nos enfants. Nous aurons également besoin des professionnels de l'enfance et de l'adoption, des associations. Avec eux aussi, nous devons tisser des liens à la fois pour leur expliquer ce que nous vivons, ce que vivent nos enfants, et aussi pour bénéficier de leur aide, maintenant et au long cours.

Les 2 dernières semaines ont été éprouvantes : Arrêt des évacuations, faux feu-vert de lundi pour les "116", guéguerre des ministères... débat de psys masquant la question première de la procédure juridique. Au milieu de ce cafouillage, une lueur d'espoir, la conférence de presse de Didier Le Bret, ambassadeur à Port-au-Prince. Pour moi, c'est la première fois en 6 semaines que j'entends une communication humaine de la part d'un officiel français. Humanité vis-à-vis des enfants et de l'Etat Haïtien. Quelqu'un qui ne vit pas dans le monde des idées abstraites d'un monde rêvé et loin d'être advenu. Qui sait que les choses sont complexes mais qu'il faut néanmoins se frayer un chemin dans l'intérêt des enfants. Et que pour ce faire, il faut de la volonté, des moyens, du sérieux, et de l'imagination ; des hommes et des femmes haïtiens et français, de bon sens et de bonne volonté.

Nous sommes malheureusement toujours dans l'incertitude. Pas de solution officielle à la question des modalités et des délais de procédure dans un contexte qu'il est indécent de qualifier de "normalisation". On aura bien compris entre les lignes qu'il s'agit peut-être d'un retour à la normale du budget d'un ministre français. Mais pas du fonctionnement de l'Etat haïtien et encore moins des conditions de vie de ses habitants. Et une épée de Damoclès est bel et bien toujours au dessus de la tête des enfants en cours d'adoption.

C'est pourquoi il me semble cohérent de continuer à montrer que nos enfants existent et que nous existons, que le problème n'est pas réglé, loin s'en faut, et que l'urgence est toujours là. C'est pourquoi nous mènerons des actions en régions le week-end du 6 et 7 mars. J'aimerais pour ma part, que plus qu'un rapport de force, ce soit l'occasion pour nous :

  • de témoigner publiquement de notre solidarité et de notre respect envers le peuple et l'Etat haïtien
  • de faire savoir quelles solutions existent pour la mise en place d'une procédure accélérée et en quoi la France peut et doit aider Haïti.
  • de prendre le temps de mieux nous connaître

Bien cordialement.

Grégoire Villedey


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Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /Fév /2010 20:54

Sur l'air de "Là-bas" de Jean-Jacques Goldman

Là-bas
Tout est misère tout est naufrage
Haïti n’a plus de visage
De toi ils n’ont que des images
C’est pour ça qu’ils iront….

Là-bas
Faut du cœur et faut du courage
Mais tout est possible à leur âge
Ils en ont la force et la foi
L’amour à portée de leurs doigts
Leurs deux cœurs se dirigent vers toi

Odeline
Ils se préparent pour un grand voyage
Jamais ils ne se découragent
Contre toutes les lois ils enragent
Mais ils restent sages….

Odeline
Petite fille tu attends là-bas
Enfin te serrer dans leurs bras
Leurs pensées ne vont que vers toi
Encore quelques mois!
Tu as toute ta vie à faire
Tant de bonheur à venir
Frédéric sera si fier
Et Maud c’est sûr va te chérir…

Odeline
Tu es née sur cette île fragile
Loin de toi ils sont dans la ville
Ils ne se battent rien que pour toi
Attends-les crois- moi!

Odeline
La vie va reprendre ses droits
Auprès d’eux tu t’épanouiras
Ils suivront chacun de tes pas
Encore quelques mois!
Ils n’espèrent que tes sourires
Te construisent un avenir
En secret je dois te dire
Je prie pour eux ils vont partir!

Maud LAFONTANT et Frédéric TOUBLANC
Voici le plus beau cadeau d'Odeline que lui fait ma meilleure amie qui aujourd'hui est comme une soeur. Elle a écrit ce texte pour notre fille et en pensant à tous les enfants qui attendent leur maman et leur papa en Haïti.


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J'ai créé ce blog le 15 janvier 2010 parrallèlement au lancement d'une pétition qui a reçu plus de 45000 signatures. Il a été le support de la constitution d'un collectif de 1000 familles en cours d'adoption au moment du séisme haïtien du 12 janvier 2010.

Il a migré progressivement vers un positionnement plus intime et éclectique quoique restant en lien avec l'adoption et la parentalité.

Grégoire Villedey

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