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ex [SOS HAITI ENFANTS ADOPTES] POUR L'EVACUATION DES ENFANTS EN-COURS D'ADOPTION EN HAITI (2010)

Facteurs de risques

SOS HAITI ENFANTS ADOPTES. Le Blog de Greg.

Quel rapport entre la grippe A, un nuage de cendres, les OGM et l'adoption ? Réponse : Le facteur de risque (et son avatar : le principe de précaution)

J'ai découvert récemment dans le dernier paragraphe de ce billet que les professionnels de l'adoption font des statistiques sur les facteurs de risques liés à l'adoption (risques d'échec). A la réflexion, c'est logique. Toutes les professions en font. Par exemple, si on est professeur de médecine, on peut faire des statistiques sur le risque d'avoir un enfant trisomique chez les femmes ayant eu telle maladie dans leur enfance (j'ignore totalement si c'est le cas, mais je ne prends pas cet exemple au hasard pour autant).

Les statistiques, ça permet plein de choses, notamment d'approcher une vérité scientifique qu'on a encore du mal à démontrer. Par exemple, si vous démontrez que 98% des gens qui souffrent de vertige en montagne ont été élevés au biberon mais n'ont pas été allaités, vous mettez le doigt sur une piste intéressante qui vous rapproche de la vérité. Mais vous ne démontrez pas le lien de cause à effet (d'autant que mon exemple est complètement idiot).

Mais les statistiques, çà permet aussi de dire n'importe quoi, intentionnellement ou pas. Par exemple, on peut dire que statistiquement, les homosexuels sont plus touchés par le SIDA que les hétérosexuels et que donc le SIDA est une punition divine. Bon je sais c'est débile, mais c'est pour dire à quel point on peut faire dire n'importe quoi aux statistiques et les utiliser à des fins idéologiques.

Je pense qu'on ne mesure pas à quel point les statistiques sont à la fois un progrès et une régression. Ma cuisinière quand j'étais coopérant au Sénégal, avait 10 enfants. Quand on lui demandait combien d'enfants elle avait, elle faisait celle qui ne savait pas bien (en fait elle savait très bien évidemment). Je pense qu'elle refusait "sociologiquement" de tenir des statistiques. A trop quantifier, le coeur se flétrit. C'est en tout cas comme çà que je l'ai interprêté.

Pour moi, les statistiques sont à mener avec encore plus de pincettes quand il s'agit de "statistiques de risques". Non pas les statistiques elles-mêmes, qui sont très instructives, mais l'usage qui en est fait. Notamment en matière de décisions. Pourquoi ? Parce que qui dit "risque" dit "peurs", et qui dit "peurs" dit "subjectivité" et "irrationnel". Celui qui lit les statistiques et les utilise pour ses décisions les lit avec le filtre de ses propres angoisses. Par exemple, la statistique : 80% des footballers risquent une chute prématurée des cheveux, entrainera peut être des décisions differentes de la part du président de la fédération. Si sa mère aimait trop les chauves, il sera peut être enclin à mettre en place une politique de prévention de la chute des cheveux chez les joueurs (décidément, mes exemples sont débiles, désolé).

Par ailleurs les statistiques ont tendance à globaliser la décision. 80% des élèves mettent le bazard dans la classe ; 100% prennent une punition. Ça vous rappelle quelque chose ?

Et concernant l'adoption ? C'est pareil.

Par exemple ici, on a un joli tour de passe-passe : La statistique "10 à 15% d'échecs dans les adoptions" entraine la préconisation "d’arrêter les adoptions dans les pays n’ayant pas signé la convention de La Haye." Je suppose qu'on est sensés en déduire que l'absence de protocole "La Haye" dans un pays est un facteur d'échec des adoptions dans ce pays ! Soit ce papier est un torchon, soit ce type a arrêté les maths en CE2 (soit les 2 mon capitaine, le plus probable). Il se plaint (à raison) que la question des échecs soit un tabou, qu'aucune étude n'existe. Mais çà ne l'empêche pas de faire des préconisations à partir de statistiques grossières et incomplètes... Bizarre non ?

Je crains malheureusement que ce soit tout bêtement ce genre de raccourcis qui tienne la corde dans le petit monde de l'adoption française.

J'ajoute pour finir, que l'évaluation du risque ne doit jamais valoir décision en soi. Car la décision appartient à l'éthique (bioéthique par exemple). Mon premier exemple sur la trisomie était intentionnel, car qui peut nier qu'il y a un lien entre facteur de risque et risque d'eugénisme. Cet exemple a également le mérite de soulever la question de "qui décide quoi ?". Les professionnels peuvent-t-ils s'approprier toutes les décisions concernant leurs patients ? La question vaut aussi pour l'adoption.

Au fait, pour lutter contre l'échec scolaire (17%), je propose de fermer les écoles.

Commentaires

Greg. 30/04/2010 18:19


Christine,
Je suis également d'accord avec toi sur la nécessité d'objectiver cette notion d'échec. Faut-il rappeler qu'un divorce est un échec ? Qu'un enfant battu est un échec ? Il y a beaucoup d'échecs dans
notre pays... Et effectivement, il faut essayer de prendre des mesures pour les endiguer, mais il n'y a pas de recette miracle. Alors bien sûr dans le cas de l'adoption, les pouvoirs publics ont du
pouvoir. Il peuvent l'arrêter (alors que dans mes autres exemples, ils n'en ont aucun, si ce n'est des politiques de prévention dont les effets sont très longs). Mais je trouve qu"ils devraient
aussi davantage considérer qu'ils ont du pouvoir pour réduire ces échecs. Un accompagnement bien fait, c'est efficace. Il y a de bons professionnels dans notre pays. Encore faut-il qu'ils aient des
moyens.
Concernant ta partie sur les détracteurs de l'adoption, ma théorie (pas du tout démontrée et totalement intuitive), c'est que chaque individu est ébranlé par la question de l'adoption parce que çà
le renvoie à la manière dont enfant, il a vécu son attachement à ses parents. Chaque petit enfant que nous avons été s'est posé en grandissant, des questions sur le pourquoi il est le fils ou la
fille de ces parents-là. Est-ce parce que c'est automatique ? Mes parents ont subi l'influence de leurs féromones et hop, je suis né ? (évidemment, des enfants ne formulent pas comme çà :) La
question de savoir si j'ai été désiré est à mon avis centrale. C'est à mon avis la seule piste qui puisse expliquer qu'il y ait des réactions aussi violentes, y compris au sein même de nos
familles, de la part de gens qui sur plein d'autres sujets, sont excessivement ouverts. Pour le reste, je ne suis pas psy...


christine 30/04/2010 16:22


Grégoire,

Tu résumes très bien la réalité des choses. Pour aller plus loin, j'aimerais demander aux détracteurs de l'adoption, combien il y a d'échecs dans les familles biologiques. A mon avis, les échecs
dépassent le soit disant pourcentage lié à l'adoption. On essaie de fabriquer de toute pièce une norme, que le gouvernement, des OAA, des ONG, voudraient imposer aux familles adoptives (âge des
parents, âge des enfants, nombre d'enfants, situation sociale, niveau d'études .... Cette norme n'existe pas dans les familles biologiques. Comme ceux dont je viens de parler n'arrivent pas encore
à tout contrôler (ils se sentent investis d'un rôle divin leur permettant de croire qu'ils peuvent dire à la place des gens ce qui est bien pour eux), ils cherchent de faux prétextes. Ainsi, Haïti
n'ayant pas signé la convention de la Haye, ils ne peuvent avoir le monopole et le contrôle total. Donc, ils parlent de statistiques, ce qui ne veut rien dire. Car, comme tu le dis, on dérive très
vite vers la subjectivité.
Pour finir, je pense que certains devraient d'abord regarder les propres échecs à l'intérieur de leur famille, au lieu de parler des échecs des adoptions. Pour finir, je pense qu'à force de faire
un lien systématique entre l'adoption et les problèmes d'identité et de proclamer cette théorie à tout va on finit par provoquer des problème d'identité. C'est peut-être, en fait, ce que certains
veulent ! Il ne faut pas oublier qu'il y a énormément de détracteurs à l'adoption. L'adoption dérange ceux qui n'ont pas pu créer de famille ou ceux qui ont des problèmes à l'intérieur de leur
famille (biologique). Je m'en rends compte de plus en plus. Ceux là mêmes vont essayer de persuader nos enfants (même si ils sont très bien dans leur peau et qu'ils n'en éprouvent pas le besoin !)
de faire des recherches sur leurs origines (voir plus) pour pouvoir être bien. Si toutes les personnes en mal être ou en recherche d'identité étaient des enfants "adoptés", cela ferait beaucoup de
personnes "adoptées". Il est facile de trouver un faux prétexte, comme de faire des statistiques. Ces gens là sont à l'affût et ne supportent pas le bonheur des autres. Ils cherchent à mettre le
ver dans la pomme. L'adoption est une vraie famille qui n'a rien à envier aux familles dites traditionnelles. D'ailleurs que veut dire "traditionnelles" ?
Ces gens là encore préconisent une politique de prévention. C'est faux. Cela cache une idéologie qui me fait peur et qui ne va pas dans le sens de l'intérêt de l'enfant. Il faut condamner cette
idéologie et parler. Nous n'avons pas de leçons à recevoir ni de justifications à donner.

Christine


ChrisL 29/04/2010 09:32


J'ai beaucoup apprécié tes statistiques qui n'ont ni queue ni tête !!!! si si !!!

Ben suite à l'article que tu sites en exemple, je vais mettre une gouttelette d'eau à ton moulin.... je travaille dans le cadre de la Protection de l'Enfance et si je devais faire une statistique
sur les échecs des adoptions et le placement de ces enfants en institution... je serai bien triste de devoir l'annoncer ici mais en 20 ans de carrière je n'ai vu que 2 enfants !!! c'est bien maigre
si compte le nombre d'enfants placés en 20 ans !!!!!!

Alors oui les statistiques ne sont que des chiffres à qui l'on fait dire ce que l'on veut démontrer et ensuite, même les statistiques en elles-même ne sont pas fiable, je sais de quoi je parle
chaque année au moment de notre bilan, on "bidouille" pour tomber sur nos pattes !!!!

Sur ce, Tchao et bonne journée !!