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ex [SOS HAITI ENFANTS ADOPTES] POUR L'EVACUATION DES ENFANTS EN-COURS D'ADOPTION EN HAITI (2010)

L'espoir se cultive en commun

SOS HAITI ENFANTS ADOPTES. Le Blog de Greg.

Bonjour à tous,

J'avais envie depuis quelques jours de prendre le temps de faire un point écrit sur ce que je ressens personnellement de la situation, après 6 semaines où le temps s'est arrêté pour nous.

Nous avons indéniablement vécu un traumatisme important en tant que "parents en devenir". La peur de perdre un enfant tant désiré et si longtemps attendu. La difficile gestion mentale du sentiment d'impuissance. Je me sens un peu honteux de parler de mon propre traumatisme alors que celui subit par les haïtiens en général et les enfants en particulier est autrement plus tangible. Je pense néanmoins qu'il est de notre responsabilité de ne pas refouler, mais au contraire d'exprimer notre traumatisme pour pouvoir accueillir nos enfants dans les meilleures conditions de disponibilité mentale.

Cela me fait du bien de me dire et de me rendre compte chaque jour que d'autres comprennent ce que je vis, au premier chef, tous ceux qui sont dans le même cas que moi. Cette solidarité entre nous, je l'ai sentie très réconfortante par exemple le 13 février à Paris. Sous la neige (nous ne nous connaissions pour beaucoup que par échange de posts sur les forums) nous nous sommes retrouvés et compris immédiatement. Nous nous serrons les coudes dans l'adversité. C'est important de se connaître pas seulement virtuellement quand on veut agir collectivement.

Qu'on le veuille ou non, le 12 janvier 2010 sera une date "bascule" dans chacune de nos vies et celles de nos enfants. Et nous l'aurons en commun. J'ose espérer que ce "commun" pourra être un des nombreux points d'appui dont nous aurons tous besoin pour faire sens vers l'avant, par la résilience, dans les années qui viennent. L'ennemi n°1 pour toute famille, c'est l'isolement. C'est pourquoi nous devons prendre soin d'expliquer ce que nous vivons à nos familles élargies. N'étant pas dans l'oeil du cyclone comme nous, elles entendent tout et n'importe quoi dans les médias et le doute peut s'insinuer chez elles. Il faut combattre cela car nous avons besoin de leur solidité (de leur adhésion, de leur compréhension) pour la construction à long terme de nos enfants. Nous aurons également besoin des professionnels de l'enfance et de l'adoption, des associations. Avec eux aussi, nous devons tisser des liens à la fois pour leur expliquer ce que nous vivons, ce que vivent nos enfants, et aussi pour bénéficier de leur aide, maintenant et au long cours.

Les 2 dernières semaines ont été éprouvantes : Arrêt des évacuations, faux feu-vert de lundi pour les "116", guéguerre des ministères... débat de psys masquant la question première de la procédure juridique. Au milieu de ce cafouillage, une lueur d'espoir, la conférence de presse de Didier Le Bret, ambassadeur à Port-au-Prince. Pour moi, c'est la première fois en 6 semaines que j'entends une communication humaine de la part d'un officiel français. Humanité vis-à-vis des enfants et de l'Etat Haïtien. Quelqu'un qui ne vit pas dans le monde des idées abstraites d'un monde rêvé et loin d'être advenu. Qui sait que les choses sont complexes mais qu'il faut néanmoins se frayer un chemin dans l'intérêt des enfants. Et que pour ce faire, il faut de la volonté, des moyens, du sérieux, et de l'imagination ; des hommes et des femmes haïtiens et français, de bon sens et de bonne volonté.

Nous sommes malheureusement toujours dans l'incertitude. Pas de solution officielle à la question des modalités et des délais de procédure dans un contexte qu'il est indécent de qualifier de "normalisation". On aura bien compris entre les lignes qu'il s'agit peut-être d'un retour à la normale du budget d'un ministre français. Mais pas du fonctionnement de l'Etat haïtien et encore moins des conditions de vie de ses habitants. Et une épée de Damoclès est bel et bien toujours au dessus de la tête des enfants en cours d'adoption.

C'est pourquoi il me semble cohérent de continuer à montrer que nos enfants existent et que nous existons, que le problème n'est pas réglé, loin s'en faut, et que l'urgence est toujours là. C'est pourquoi nous mènerons des actions en régions le week-end du 6 et 7 mars. J'aimerais pour ma part, que plus qu'un rapport de force, ce soit l'occasion pour nous :

  • de témoigner publiquement de notre solidarité et de notre respect envers le peuple et l'Etat haïtien
  • de faire savoir quelles solutions existent pour la mise en place d'une procédure accélérée et en quoi la France peut et doit aider Haïti.
  • de prendre le temps de mieux nous connaître

Bien cordialement.

Grégoire Villedey

Commentaires

florine24 28/02/2010 19:55


Je regarde chaque fois que je peux vos avis et commentaires... Je suis de tout coeur avec vous et je fais, comme tous ce que je peux à mon niveau.
Nous n'attendons pas d'enfant d'Haïti, mais nous avons attendu, avec les adoptants les vôtres. Angélique et Jérôme ont la chance d'avoir Josué en bonne santé physique et qui se remet petit à petit
psychologiquement. Pour les parents, c'est un travail de tous les jours et Angélique et Jérôme s'en tirent admirablement. Il faut dire que Josué est un mignon petit garçon, très sage et très
demandeur de calins.
Il était à Notre Dame de la Nativité.
Ma fille a pu l'embrasser ce WE, elle avait laissé les parents apprivoiser tout doucement leur amour.
Tous les jours, je pense à vous, et je me demande ce que je pourrai faire de concret à mon niveau, à part envoyer un nouveau chèque, mais cela ne me suffit pas.
Je vais être bientôt grand mère d'un petit ange venu du Vietnam, et je comprends votre attente et votre angoisse.


sophie 28/02/2010 19:25


je ne fait pas partie des parents qui attendent désésperement l'arrivée de son enfant...Mon ppetit cousin, est arrivée par le premier rapatriement... depuis je suis pas à pas votre combat, aidant
avec mes petits moyens, répondant présente quand vous demandez de l'aide pour des petites choses comme l'envoi de mail..
tout ça pour dire que je relai autour de moi un maximum les infos que je remets "leurs choses à leur place" quand c'est nécessaire...
Vous n'étes pas seuls, sachez le, nous sommes nombreux derrière vous et nous vous soutiendront aussi longtemps qu'il le faudra, il s'agit de la VIE de VOS enfants, et il n'y a rien de plus
précieux
cordialement
sophie


Merguerite 27/02/2010 16:43


Sur le renvoi "normalisation", il y a l'état des choses décrit par le SAI, au MAE. Je ne suis pas du tout d'accord avec ce qu'ils y disent. Ce n'est pas nous qui devons bénéficier de mesures
d'accélération, ce n'est pas pour nous que nous demandons ces mesures. Qu'il soit bien clair pour tout le monde que c'est nos enfants qui doivent bénéficier de ces mesures. C'est nos enfants qui
sont en danger, pas nous. Nous ne sommes pas des profiteurs (comme l'UNICEF et d'autres) de la misère du monde. Nous aurions préféré que ce séisme épargne Haïti. Nous aurions préféré que les choses
puissent évoluer normalement. Même si ce n'est pas la panacée avec une administration déficiente. AUjourd'hui, ce n'est pas nous qui pâtissons de l'immobilisme étatique. Ce sont nos enfants. Ce
sont eux que l'Etat met en danger en ne faisant rien.


Sophie Noël-Burtel 27/02/2010 14:56


Bravo, Grégoire, tes mots auraient pu être mes mots, les mots de n'importe quel autre parent...
Il y a juste ce mot "parents en devenir", que je ne partage pas. Pour en être à ma deuxième adoption, je sais, dans ma chair et dans mon coeur, que dès l'apparentement, je ne suis pas maman en
devenir, je SUIS MAMAN! Juridiquement, bien sûr, tu as raison... mais est-ce la première chose à laquelle on pense quand on devient parent?
Mes filles sont inscrites dans mon histoire, comme si je les avais portées, elles resteront dans la lignée de notre famille, comme si je les avais portées, je souffre pour elles, je suis fière
d'elles, je ris pour elles, comme si je les avais portées.
Mon coeur est leur vaisseau depuis toujours et pour toujours.
Mes deux filles, je les ai mises au monde, au moment même où j'ai rencontré leur sourire sur la photo de l'apparentement.
Je ne suis pas la maman en devenir d'Alexandra, je suis juste sa maman.
Merci pour ton témoignage et ton engagement. Nous te suivons pour que notre vaisseau ne s'égare pas les méandres de l'inhumanité gouvernementale...