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ex [SOS HAITI ENFANTS ADOPTES] POUR L'EVACUATION DES ENFANTS EN-COURS D'ADOPTION EN HAITI (2010)

Le dessous des cartes

SOS HAITI ENFANTS ADOPTES. Le Blog de Greg.

Décidément, plus nous avançons dans la crise du traitement français de l'évacuation des enfants haïtiens en cours d'adoption, plus m'apparaît clairement le visage idéologique qui conduit la politique de l'adoption dans notre pays.

Il m'aurait fallu plusieurs années et une immersion permanente dans le microcosme de l'adoption pour apprendre ce que j'ai appris en trois mois. Et mon premier constat est que quand on se lance dans l'adoption, on ne connait généralement rien à ce microcosme, qui tient pourtant dans sa main une partie de l'avenir de votre famille. Je dirais que le microcosme de l'adoption, c'est un peu comme le microcosme des prisons : tant qu'on n'est pas directement concerné, on se passe volontiers de mesurer ses dysfonctionnements et aberrations.

On le savait depuis plusieurs mois, Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy veulent supprimer l'adoption individuelle. Ils sont suivis en partie à ce sujet par EFA qui n'a pas communiqué, à ma connaissance, à l'encontre de ces prises de positions.

Bien entendu, l'argument avancé est la nécessité de sécuriser les familles, d'éviter les pratiques douteuses, de raccourcir les délais... Autant de vœux pieux louables mais absolument pas crédibles. Car dans les faits, l'absence totale de volonté politique pour atteindre ces objectifs est patente depuis de longues années et, je suis au regret de peut-être vous l'apprendre, pour encore longtemps. L'AFA est un fiasco permanent depuis sa création. Les OAA sont toujours mal réparties sur le territoire et leurs moyens et capacités sont insuffisants... Et çà ne va pas changer (de même d'ailleurs concernant le vœux réitéré mais jamais mis en œuvre, de faciliter l'adoptabilité de nombreux enfants français).

Seuls les naïfs peuvent croire que la suppression des adoptions individuelles va s'accompagner d'une amélioration « qualitative ». Car la qualité a un prix (parlez-en par exemple avec vos amis profs). Toutes les associations qui, semble-t-il, revendiquent de vraies réformes depuis de longues années, ont échoué. Leur échec à elles aussi, est patent.

Non, la suppression de l'adoption individuelle aura exclusivement 2 conséquences :

  • La diminution du nombre d'adoptions. Cela permet d'atteindre l'objectif idéologique qui veut absolument que les enfants restent dans leur pays coûte que coûte (et quand je dis coûte que coûte, vous avez compris qu'il s'agit y compris de la mort de ces enfants). C'est la politique de l'UNICEF et du couple Kouchner/Sarkozy
  • L'éviction du processus d'adoption de la plupart des adoptants sortants de la norme familiale dominante. En gros : papa, maman et deux enfants. Exit les familles nombreuses, les célibataires, les homosexuels, les plus de 40 ans...

Ce n'est pas l'adoption individuelle en soi qui est visée, ce sont ceux qui sortent du moule.

J'ai été frappé de découvrir à l'occasion de la création de notre collectif « SOS Haïti Enfants Adoptés » à quel point se retrouvaient concentrés ici ceux qui « ne rentrent pas dans la case ». Ceux qui ne correspondaient pas aux critères de la plupart des pays. Ceux qui ont été rejetés par les OAA. Ceux à qui l'on a dit (ou pas dit mais le silence était assourdissant), « de quoi vous vous plaignez, vous avez déjà des enfants », « trouvez-vous d'abord un mari », « un enfant, çà a besoin d'un Papa et d'une Maman », et j'en passe...

Cette histoire haïtienne a déjà fait des dégâts au sein du microcosme de l'adoption en France ; des psys se sont compromis avec le pouvoir et le payeront sûrement plus tard au sein de leur profession, des associations ont quitté le MASF en claquant la porte, EFA va probablement avoir un trou d'air dans ses adhésions. M'est avis que ce n'est pas fini, car l'enjeu haïtien est en fait un révélateur d'une ligne de fracture idéologique profonde entre les tenants de la norme familiale dominante et ceux d'une certaine liberté de projets familiaux plutôt « hors-norme ».

Je me demande s'il n'est pas temps que tous ces « hors-norme » se regroupent pour se faire entendre. Car il est manifeste que ce n'est pas le cas au sein des organisations existantes.

Grégoire Villedey

Commentaires

Chris 27/04/2010 10:04


Grégory,

J'ai lu ton premier article sur la volonté du gouvernement de supprimer les adoptions individuelles. Je suis d'accord avec toi sur l'idéologie du gouvernement. Par contre, je ne pense pas que les
adoptions individuelles sont l'ultime possibilité d'adopter pour des parents "hors norme". J'ai eu mes deux enfants après 40 ans, mais je ne pense pas être hors norme, car depuis toujours les
femmes peuvent avoir des enfants jusqu'à la ménopause naturellement. Donc, il ne faut pas se considérer comme hors norme parce qu'on veut d'une manière tout à fait crédible avoir des enfants après
40 ans. Cela vaut aussi pour les parents seuls ou familles à plusieurs enfants. Les familles adoptives sont comme les familles biologiques. Toutes deux sont de vraies familles avec leur légitimité
et leur diversité. Je crois qu'il faut combattre les intolérances. Je ne vois pas pourquoi les familles adoptives ne représenteraient pas une diversité comme les familles biologiques. On ne demande
d'ailleurs aucune justification pour ces dernières. Ce que je trouve incroyable, c'est que les OAA ou services sociaux parlent souvent de l'intérêt supérieur de l'enfant à sa place, se sentant
investis d'un rôle "divin".
Je pense sincèrement que la majorité de ces gens "investis" n'oeuvre pas pas pour le bonheur de l'enfant.
Récemment, j'ai discuté avec une personne engagée dans une OAA. Elle m'a dit que la meilleure opportunité pour un enfant était de rester dans son pays de naissance. Qu'il valait mieux pour lui
qu'il reste dans un orphelinat sans être abandonnés pour pouvoir, à sa sortie, aider ses parents de naissance et être ainsi leur cane de vieillesse. Est-ce là l'intérêt supérieur de l'enfant de
vivre son enfance sans affection ? Cette question m'interpelle vraiment. Les OAA pensent que les abandons sont toujours dus à la pauvreté. Je ne le pense pas, car même dans les pays riches on
abandonne des enfants, alors que plusieurs structures d'accueil sont mise en place pour les mères qui veulent garder leur enfant. Je pense aussi qu'on puisse ne pas vouloir être enceinte et ne pas
aimer l'enfant que l'on porte. On peut mal aimer son enfant, mais on peut aussi ne pas l'aimer du tout. On a plein d'exemple autour de nous. J'ai remarquer les organisations humanitaires et
certaines OAA essaient de persuader la société que l'abandon n'est qu'une question de pauvreté et que les liens d'amour sont systématiques dans les familles biologiques.
En discutant avec une maman qui a eu d'abord sa fille par adoption avant d'avoir son fils biologique, j'ai appris que l'adoption de sa fille avait été un moment très fort émotionellement. Cela
avait été si fort qu'elle pensait ne pas pouvoir aimer autant son fils naturel que sa fille adoptive. Evidemment, elle aime ses deux enfants de la même manière. Je crois vraiment qu'il y a des
détracteurs de l'adoption contre lesquels il faut se battre, car ils véhiculent des idées qui peuvent remettre en question le bien être de nos enfants (adoptés).


valentini 16/04/2010 08:43


Et oui Greg, tu vois juste...


Blandine 14/04/2010 13:17


Je rejoints cette analyse et je refuse l'idée d' interdire l'adoption individuelle qui représente la majorité des adoptions aactuelle;j'ai eu ce parcours sans lequel je n'aurais pas eu l'immense
bonheur d'être mère.


Cathy 12/04/2010 11:00


Merci Grégoire pour ce constat malheureusement fort lucide. Mais qu'il est navrant de savoir que les quelques personnes qui détiennent tous les pouvoirs sur l'adoption en France, soient aussi
ignorantes de ce que c'est que l'adoption et de ce que sont les besoins des enfants. Il faudra effectivement poursuivre ce combat et s'organiser... jusqu'au jour où enfin l'adoption sera confiée à
des gens attentifs et réellement concernés par l'intérêt des enfants !


M.DUCHESNE 11/04/2010 21:59


Vous semblez avoir vu juste! Et une fois de plus, les enfants vont payer les médiocrités des adultes! Les mêmes décideurs ne se sont posé aucune question lors de l'adoption exagérément médiatisée
des fillettes du couple Halliday, pourtant elle n'offrait pas particulièrement des garanties de fiabilité.
Il y a une idéologie de type catho constervateur derrière tout cela. Si, au moins, les enfants français pouvaient être déclarés adoptables dans des délais raisonnables! Mais là aussi, la loi n'est
pas appliquée par l'administration et ils sont nombreux, les "enfants de la Dass" qui n'auront pas de parents dignes de ce nom. L'adoption comme la naissance, est une aventure risquée, mais au
moins, elle privilégie la vie! Bonne chance dans votre projet de devenir une association représentative!