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ex [SOS HAITI ENFANTS ADOPTES] POUR L'EVACUATION DES ENFANTS EN-COURS D'ADOPTION EN HAITI (2010)

Créfieu, 2 ans !

Greg

 

Çà fait bientôt 2 ans que s'est produit le séïsme en Haïti !

Un petit tour sur l'interface de ce blog abandonné m'oblige à constater qu'il reste drôlement visité.

Alors pourquoi pas un petit post pour faire le point sur mon année 2011 ? Après tout, le maître-mot pour moi depuis la dernière rentrée est "vie normale". Cette délicieuse sensation de routine. C'est pas bien la routine ? Moi, je trouve çà très bien. Alors un post par an...

Combien de temps çà prend l'adaptation de mes enfants adoptés (et celle des parents) ?

15 mois qu'ils sont là. Sont-ils acclimatés ? Oui. Sont-ils intégrés ? Oui. Sont-ils attachés ? Peut-être pas complètement. Difficile à dire. Quels sont les signes de l'attachement ?

Mon impression : la première année a été dure. Les ajustements sont durs, parents et enfants, frères et soeurs. L'apprivoisement, comme dirait le petit Prince, est long et parsemé de doutes, de colères, d'espoirs déçus. L'attachement n'est pas un machin à la guimauve. Pour que les morceaux de pâte à modeler n'en fassent qu'un, faut malaxer grâve ! Mais l'avantage, plus on avance, c'est qu"on peut voir le chemin parcouru.

Incontestablement, après les montagnes russes, nous sommes arrivés dans un terrain moins accidenté depuis la rentrée scolaire. La plaine est en vue. Peut-être que le temps d'adaptation-apprivoisement-attachement est d'environ 2 ans. Réponse l'an prochain.

Qu'est-ce qui a changé chez moi ?

J'ai totalement revu mes priorités : famille - travail.

Exit l'engagement politique. A la fois pour des raisons de temps, mais aussi par une forme de dégoût ; Kouchner m'a tuer. Pas sûr que je vote en 2012. Çà me fait mal au ventre parce-que pour moi, c'est paradoxal d'avoir des enfants et de se désintéresser de la politique.

Ah si. J'ai adhéré à l'ACAT. Çà faisait des années que je voulais le faire. Tiens, justement, je découvre que çà torture aussi dans les geoles haïtiennes.

Je m'étais inscrit à l'ensemble choral de l'Ariège qui produit le requiem de Verdi cette année. mais j'ai abandonné parce que çà me prenait trop de temps (ou ma motivation était insuffisante en regard du travail nécessaire). Faudra attendre la retraite.  :-(

Je me suis lancé dans la création d'une petite entreprise de e-commerce de peignes en corne : Thomas Liorac et aussi Peigne en corne Express.Un truc que je n'aurais jamais osé il y a quelques années. Je suis attiré par la liberté que çà me procure. J'ai très bon espoir que çà marche. En fait, çà marche déjà.

Quels sont les combats qui n'ont pas été les miens ?

Curieux de poser la question comme çà, mais elle est logique après l'overdose de 2010 et les priorités qui se sont imposées à moi.

Je ne me suis pas battu pour l'adoption plénière

Quoique source de doutes rémanents chez moi pour savoir ce qui est le mieux pour mes enfants, je m'étais dit très tôt que ce ne serait pas mon combat. Mes enfants ne seront pas en danger de mort en adoption simple. Et çà ne m'empêche pas de les élever comme je l'entends. Je comprends que d'autres en aient fait un combat. En la matière, nous sommes toujours dans une ligne de fracture entre d'une part des positions de principe (les lois, la globalité de la condition enfantine dans le monde...) et l'intérêt personnel d'un enfant à un moment et un lieu donnés.

Ce que je trouve une connerie de la part de l'Etat Français, c'est de donner un visa d'un an alors qu"il sait pertinemment que les jugements prennent des plombes. Complètement débile.

Je ne me suis pas investi dans une cause humanitaire pour Haïti

Çà aussi, je ne voulais déjà pas le faire avant l'arrivée de mes garçons. De toutes façons, je n'ai jamais trop aimé l'humanitaire (je sais c'est pas bien). A la rigueur, le développement, et encore, je trouve que bien souvent, c'est mal fait, inutile, et contre-productif. J'aime bien les projets éducatifs parce-que c'est la seule chose qui puisse faire qu'un pays ne sera pas au même point dans 40 ans.

Vous l'aurez compris, je ne me suis pas investi dans l'humanitaire ni en Haïti, ni ailleurs. Un jour peut-être, quand je le ferai remonter dans mes priorités (et diponibilités). Ce sera du développement, et ce ne sera pas en Haïti. Pourquoi pas Haïti ? Je ne sais pas. Chez moi, le fait d'avoir adopté des enfants en Haïti ne déclenche pas d'attachement particulier à ce pays. Plutôt même un rejet. C'est grave docteur ? J'aimerais plutôt revenir au Sénégal où j'ai fait ma coopération. Tiens au fait, vous saviez que le Sénégal a accueilli des étudiants haïtiens ?

Je n'ai pas milité pour défendre l'adoption individuelle

La France reprend les adoptions en Haïti. Oui mais uniquement via des OAA, ce qui est un changement radical. L'adoption individuelle se réduit comme peau de chagrin. Bah oui, c'est pour éviter les trafics ! (çà me fait penser au flicages d'internet de plus en plus légalisés au nom de la lutte contre la pédophilie).

Reste la question lancinante à laquelle ne répondent ni les gouvernements des pays de départ, ni ceux des pays d'arrivée, ni l'UNICEF (j'aime bien les mettre ensemble ces trois-là) : Que deviennent les milliers d'enfants non adoptés, non scolarisés, non éveillés, non aimés, qui ont atteint l'âge de dégager de l'orphelinat et qui auront passé 4, 7, 10 ans le cul sur un matelas ?

Commentaires

Marie 10/01/2012 20:11

Greg, j'espère que ton blog ne disparaîtra pas.
C'est bien de pouvoir parler par l'intermédiaire d'un blog.
Moi, ça fait plus de 10 ans que j'ai mes trois enfants dont l'origine est différente. Tout se passe bien. Je crois qu'il faut surtout qu'ils sachent qu'ils sont dans une vraie famille et qu'il faut
toujours aller de l'avant. L'identité n'est pas une question de gènes. De même les racines de sont pas un pays de naissance.
Il faut beaucoup discuter, car tous les jours des "imbéciles" leur renvoie leur adoption au visage comme si c'était une castastrophe. Au contraire, ils savent que c'est merveilleux et qu'ils ont la
même légitimité que dans une famille biologique.
Il faut vraiment leur faire comprendre que certaines personnes ont besoin de bouc émissaire, pour cacher leur propre médiocrité dans leur vie et dans leur famille. Ces gens là sont méchants et
dangereux. Ils sont souvent jaloux. Si les enfants comprennent ça, tout ira bien.
Nous avons créé une bulle avant de s'ouvrir vers les autres.
Pour finir, je voudrais juste rajouter que le soutien ne se trouve jamais dans la famille élargie. Souvent même, elle est agacée par nos marques permanentes d'affection et nos câlins. Cela les
renvoit à leurs propres ratages.
Leur pays d'origine est leur lieu de naissance uniquement. Ils se sentent vraiment français, à raison d'ailleurs. Cela ne veut pas dire que l'on renie leur histoire "de courte durée".
Je pense que tout être humain a des déterminants, mais n'est pas déterminé et que au cours de siècles, ils n'ont cessé de migré et de faire le leur le pays où ils s'installaient.
Quand on parle de blessure secrète, oui, peut-être. Mais qui d'entre nous n'a pas de blessure secrète ?
Tout de bon pour ta famille Greg.

Greg. 11/01/2012 17:30



Merci Marie.



brigitte 06/01/2012 20:14

Réponse à Créfieu, de Brigitte

Votre témoignage me touche beaucoup, mais je sens beaucoup de résignation. Dans cette histoire, parents et enfants ont beaucoup souffert. Les gens ont changé. Même moi, qui n'ai été concernée que
par l'intermédiaire de mes amis qui se battaient pour le rapatriement de leur(s) enfant(s), j'ai eu la haine et j'ai changé.

Peu importe le temps d'attachement, ce dernier se fera. Certaines mères biologiques ne créent jamais le lien avec leur enfant !

C'est vrai que l'adoption fait revoir ses priorités. Je pense que l'adoption est plus émouvante qu'un accouchement ...

Une fois les blessures refermées, il ne faut pas refuser les combats. Il ne faut pas baisser les bras et laisser prise à l'idéologie ambiante française qui empêche les adoptions plénières et qui
enlève l'adoption individuelle.

Il ne faut pas que les parents adoptifs s'opposent : ceux qui ont eu la plénière et ceux qui ont la simple. Il faut rester solidaires et se battre pour que survive l'adoption plénière. Il ne faut
pas se réjouir du refus d'une adoption plénière, car dans ce cas, on accepte que l'adoption plénière n'ait pas les mêmes effets que la famille biologique. C'est régresser quelque part. L'adoption
simple n'est pas un drame, c'est une autre manière de considérer la famille, même si l'on sait que le gêne n'est pas un facteur d'amour. Si on accepte tout cela, un jour, même l'adoption simple
sera supprimée et il ne restera que des familles d'accueil ou des parrainages ! Il faut vouloir que les adoptions simples imposées puissent se transformer dans quelques temps en adoption plénière
(je crois que la Convention de la Haye le prévoit). Une adoption plénière n'est pas un reniement du passé de l'enfant, c'est la reconnaissance d'une totale et unique identité dans sa famille
adoptive. Certains enfants adoptés en ont besoin pour se sentir complètement intégrés dans leur famille et pour se construire, à pied d'égalité avec les enfants biologiques.

Comme vous, je suis dégoûtée du gouvernement actuel, mais c'est trop facile de dire qu'ils sont tous pareils. Dire ça, c'est conforter les décisions du gouvernement actuel.

En tout cas, c'est sur que l'UMP ne veut pas favoriser l'adoption plénière. Christine Boutin aurait dit : je ne voterai pas François Bayrou, car il est pour l'adoption plénière et l'union des
homosexuels. Par ailleurs, ni le socialisme ni le Front National ne feront des lois en faveur de l'adoption. Pour l'instant, François Bayrou me paraît l'homme le plus solide, le plus cultivé, le
plus intelligent, le plus sincère et surtout le plus intègre pour appréhender toutes ces questions. Il n'a aucune "casserole" derrière lui.

Moi non plus, je ne me suis pas investie pour une cause humanitaire en Haïti, d'autant plus que souvent l'argent est resté dans les Banques …

Vous avez raison de mettre les pays de départ, les pays d'arrivée et l'UNICEF ensemble. Savez-vous que l'UNICEF s'était installée dans la cour de l'IBRSR pour surveiller et empêcher le départ des
enfants (même ceux dont l'attribution légale s'était faite avant le séisme) ? Jacques Hintzi, Président de l'UNICEF France, a même dit que "la meilleure opportunité pour un enfant était de rester
dans son pays de naissance". Où est l'intérêt supérieur de l'enfant ? N'y aurait-il pas une grande hypocrisie pour ne pas dire plus ?

L'adoption dérange et je n'ai jamais compris pourquoi, si ce n'est que l'on veut maintenir à tout prix la primauté des liens de sang (sous prétexte peut-être certains enfants adoptés, pas si
nombreux que ça, évoquent l'adoption comme cause de leur mal être. Que seraient-ils devenus s'ils étaient restés dans un orphelinat ? A quoi ressemblerait la construction de leur identité ?

En tout cas, je pense que lorsque l'on adopte, il faut aller de l'avant et arrêter de se lamenter ou de se culpabiliser. L'enfant est bien le notre et en a toute la légitimité.

Greg 06/01/2012 20:30



Bonjour Brigitte,


Merci pour votre message. Oui, j'ai beaucoup de résignation. Je pense que c'est normal après un gros investissement, il y a une phase de décompression. çà ne m'inquiète pas. je suis sûr que c'est
parfaitement normal. La vie est ainsi faite de flux et reflux, guidés par le hasard et la nécessité. Mais c'est sûr que des expériences comme çà nous ont changés. On a vu certaines réalités que
l'on ne connaissais pas forcément (surtout pour un naïf comme moi, çà a été un dépucelage). C'est une réalité, celui qui n'a pas de personne handicapée dans ses proches, ne mesure pas ce que çà
signifie, idem pour celui qui n'est pas confronté à Alsheimer, à l'émigration forcée, etc...